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Placer de l'argent pour ses enfants : ce qu'on vous dit (et ce qu'on oublie de vous dire)

  • Photo du rédacteur: Frederic Adam
    Frederic Adam
  • il y a 4 jours
  • 9 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Illustration ALPHA STONE — avion-tirelire entouré de pièces euros, évoquant l'épargne pour ses enfants.

À chaque fois qu'un parent me pose la question « Quel est le meilleur placement pour mes enfants ? » j'ai envie de répondre par une autre question... Oui je sais, c'est parfois agaçant d'avoir une autre question en guise de réponse.


Ce n'est pas que la question initiale soit mauvaise. C'est qu'elle vient trop tôt.


La plupart des contenus que tu vas trouver sur le sujet se ruent direct sur la comparaison : Livret A, Livret Jeune, PEL, assurance-vie, PER. Tableau avec rendements, plafonds, fiscalité. Tu coches une case, tu choisis un support, tu dors mieux.


Sauf que tu n'as rien choisi.


Tu as juste comparé des yaourts sans te demander si tu avais faim, ni pour combien de temps, ni qui allait les manger.


Dans cet article, on inverse l'ordre. On commence par les deux questions que personne ne te pose. Et seulement ensuite, on parle support.



Ce qu'on vous dit : « Livret A, AV (Assurance Vie), PEL... choisissez »

Le réflexe classique, c'est de comparer les supports entre eux. Tu vas tomber sur des dizaines d'articles qui te déroulent le même tableau :

  • Livret A : autour de 3 % nets, plafond 22 950 €, disponibilité immédiate


  • Livret Jeune : pour les 12-25 ans, taux plus généreux, plafond 1 600 €


  • PEL : 1,75 % (depuis janvier 2024), capital bloqué pour profiter du prêt épargne logement


  • Assurance-vie au nom de l'enfant : fiscalité douce après 8 ans


  • PER : déductible de l'impôt sur le revenu, mais bloqué jusqu'à la retraite


Et puis chacun y va de son conseil : « Le Livret A pour la sécurité, l'AV pour le rendement, le PEL pour le projet immobilier ».


Je vais être honnête : tout ça est correct sur le papier. Et profondément insuffisant en pratique.


Parce qu'un support, en soi, ce n'est ni bon ni mauvais. C'est juste un outil. Un Livret A peut être brillant ou catastrophique selon ce que tu en attends. Une assurance-vie au nom de ton enfant peut être un cadeau de la vie ou un cadeau empoisonné.


Tout dépend de ce que tu veux faire avec, et de qui aura la main sur l'argent au moment où il faudra le sortir.



Ce qu'on oublie de vous dire : les deux questions vraiment décisives

À quoi va servir cet argent ?

Avant tout autre chose, pose-toi la question : à quoi va servir le capital que tu construis pour ton enfant ?


Il y a quatre grandes intentions, et elles changent tout.


1. Financer les études supérieures.

Horizon 15 à 20 ans.

Capital à mobiliser entre 18 et 25 ans.

Montant moyen pour une école de commerce ou un cursus à l'étranger : 30 000 à 60 000 €. Tu veux que l'argent soit là le jour J, mais pas avant. Tu veux aussi qu'il rapporte, parce que 18 ans c'est long.


2. Constituer un apport pour un premier appartement.

Horizon 20 à 25 ans.

Montant cible : 50 000 à 150 000 € selon la ville (et selon les marchés immobiliers à venir, qu'on ne connaît pas).

Là, l'enjeu c'est le rendement (long horizon) ET le contrôle du capital — tu ne veux pas que l'argent soit dilapidé avant l'achat.


3. Donner un coup de pouce à l'entrée dans la vie active.

Vers 25-30 ans.

Montant variable, intention plutôt symbolique et soutenante.

Horizon long, donc tu peux te permettre des supports plus dynamiques.


4. Anticiper la transmission patrimoniale.

C'est une autre logique. Là, ce n'est plus pour répondre à un besoin précis de l'enfant. C'est pour utiliser les abattements fiscaux liés à la donation (100 000 € par parent et par enfant, tous les 15 ans), faire transiter du patrimoine de ton vivant, et alléger ta succession future.


Chaque intention appelle une stratégie différente. Si tu vises l'apport immobilier, tu n'as rien à faire d'un PER. Si tu vises la transmission, le Livret A n'a aucun intérêt fiscal.


Bref : avant le support, l'usage.


Qui contrôle l'argent, et quand ?

C'est la question que 90 % des articles oublient.


Quand tu places de l'argent pour ton enfant, tu as trois grandes options de structuration juridique, et elles ne se valent absolument pas en termes de contrôle.


Option 1 — Au nom de l'enfant (compte mineur).

Tu ouvres un Livret A, une assurance-vie ou un compte titres au nom de ton enfant. Tant qu'il est mineur, tu gères pour son compte. Le problème potentiel: le jour de sa majorité, c'est son argent. Il en dispose comme il l'entend.


J'ai vu plusieurs fois ce cas typique dans le métier : des parents avaient méthodiquement alimenté une assurance-vie au nom de leur fils pendant 18 ans. Au passage de la majorité, capital de 80 000 €. En 18 mois, il a tout dépensé... Voiture, voyages, fêtes. Plus rien.


Pas parce que l'enfant était mal intentionné ou autre. Parce qu'à 18 ans, on n'a pas nécessairement le recul pour gérer un tel capital. Et que personne ne lui avait expliqué ce qu'il représentait et les efforts mis en oeuvre pour en arriver là.


Option 2 — À ton nom, avec clause bénéficiaire enfant.

Tu ouvres l'assurance-vie sur ta tête à toi, et tu désignes ton enfant comme bénéficiaire. Tu gardes la main sur le capital. Tu décides quand le débloquer, et à quelles conditions. Et en cas de décès, l'enfant récupère le capital avec une fiscalité très avantageuse (jusqu'à 152 500 € par bénéficiaire en franchise, si l'AV a été ouverte avant tes 70 ans).


Cette option est sous-estimée. C'est souvent la plus pertinente quand tu veux financer un projet précis sans déléguer le contrôle.


Option 3 — Donation démembrée.

Plus technique, mais puissant. Tu donnes la nue-propriété d'un actif à ton enfant (par exemple un contrat de capitalisation), et tu gardes l'usufruit : les revenus pour toi de ton vivant, le capital pour lui à ton décès. La donation utilise tes abattements de 100 000 € par parent et par enfant tous les 15 ans. Et tu réduis significativement les droits de succession futurs.


C'est la stratégie reine pour anticiper la transmission tout en gardant le contrôle des actifs.


Le cadre simple, en 3 étapes

Pour ne pas se perdre, voici la méthode que j'applique avec mes clients quand ils me posent la question.


Étape 1 — Définir l'usage.

À quoi va servir l'argent ? Pour qui ? À quel horizon ? Avec quel montant cible ?


Étape 2 — Choisir le bon niveau de contrôle.

Qui doit pouvoir débloquer le capital, et à quel moment ? L'enfant à 18 ans sans condition ? Toi tant qu'il n'a pas atteint un certain âge ou un certain projet ? Ou un schéma plus sophistiqué de transmission anticipée ?


Étape 3 — Sélectionner le support qui colle.

Une fois les deux premières questions tranchées, le choix du support devient évident. Ce n'est plus une question d'opinion, c'est une question de cohérence.


Un cas typique pour rendre ça concret

Marie et Thomas, 35 ans, deux enfants de 2 et 4 ans. Cadres tous les deux.

Capacité d'épargne disponible : 300 €/mois à allouer à leurs enfants.

Objectif : avoir 50 000 € par enfant à 20 ans pour financer leurs études ou un apport immobilier.


Étape 1 (usage) :

Capital mobilisable à 20-22 ans, 50 K€ par enfant, horizon 16-20 ans.


Étape 2 (contrôle) :

Pas envie de remettre 50 K€ à un gamin de 18 ans sans condition. Marie et Thomas veulent garder la main jusqu'à un projet identifié.


Étape 3 (support) :

Deux assurances-vie ouvertes au nom de Marie (ou Thomas), avec clause bénéficiaire enfant.

Versements de 150 €/mois sur chaque contrat.

Allocation 70 % unités de compte / 30 % fonds euros au démarrage, pour profiter du long horizon. Sécurisation progressive à partir des 12 ans de l'enfant.


À 20 ans, capital prévisible autour de 55 à 65 K€ selon les marchés (ce n'est pas une promesse, c'est une projection raisonnable). Marie et Thomas restent libres de débloquer pour les études, pour un appart, ou de continuer à laisser tourner.


L'argent est là. Mais ils gardent la main jusqu'au moment opportun.


Bref

Si tu retiens une seule chose : ne commence jamais par le support.


Commence par la fin (à quoi cet argent va servir), puis par le milieu (qui aura la main, et quand), et seulement ensuite par le moyen (le bon outil pour répondre à ces deux questions).


C'est ce que tu mérites comme conseil. Et c'est ce que tu seras incapable de trouver dans la plupart des articles génériques qui peuplent Internet sur ce sujet.



Tu veux qu'on regarde ta situation ensemble ?

Je te propose un premier échange découverte de 30 minutes, gratuit et sans engagement. On parle de ton patrimoine, de tes enfants, de tes objectifs. Tu repars avec quelques pistes concrètes — qu'on travaille ensemble ensuite ou non.



Et si tu veux d'abord prendre de la hauteur avant d'en parler, j'ai écrit un livre gratuit qui pose les bases : « Patrimoine : ce qu'on n'a jamais pris le temps de vous expliquer ».



PS : Le Livret A reste excellent. Pour le matelas de sécurité ou pour acheter un PlayMobil.


Pourquoi le Livret A est un faux ami quand il s'agit de tes enfants alors qu'il est aujourd'hui le placement préféré des Français?


55 millions de Livrets A ouverts en France. Plus que d'habitants majeurs! Cela représente un encours de 400 milliards d'euros. Pour vous donner une image en nombre d'Airbus A380 (≈ 400 M€ pièce), 400 milliards d'euros équivalent à 1 000 appareils, soit quatre fois plus que les 251 A380 jamais construits dans le monde. C'est LE placement préféré des Français; par réflexe, par tradition, par confort. Et c'est souvent le premier qu'un parent ouvre pour son enfant, parfois dès la sortie de la maternité.


Sur le principe, je comprends. Sur le fond, je vais être honnête : pour construire un capital sur 15 ou 20 ans, c'est un mauvais outil.


Pourquoi le Livret A séduit autant


Cinq raisons, et elles tiennent toutes la route :

  • Le taux annoncé (1,50 % au moment où j'écris cet article fin mai 2026 => prochaine révision aura lieu le 01/08/2026)

  • Zéro impôt, zéro prélèvement social => une rareté dans le paysage fiscal français

  • Argent disponible à tout moment, sans pénalité, sans préavis

  • Garanti par l'État => tu dors tranquille (ou pas...)

  • Plafond conséquent (22 950€)


Ouvrir un Livret A pour un enfant de 6 ans, ce n'est pas une bêtise. C'est juste insuffisant.


Pourquoi ce n'est pas le bon outil pour bâtir un capital sur 18 ans


Premier problème : le taux est nominal, pas réel. Tu enlèves l'inflation, la hausse des prix à la consommation (autour de 2 % en moyenne IPC INSEE sur les 10 dernières années), il te reste une perte de -0,5 % par an de rendement réel. Soit un rendement négatif! Ton épargne ne stagne pas — elle perd du pouvoir d'achat chaque année.


Concrètement, à 150 €/mois pendant 18 ans, tu accumules environ 37 000 € sur le relevé. A condition que le taux ne bouge pas davantage (ce qui est peu probable puisqu'il est réévalué tous les semestres). Et en pouvoir d'achat d'aujourd'hui, ce capital vaudra plutôt autour de 26 000 €... Donc c'est comme si tu avais pris un chalumeau et que tu avais brulé 11 000 €... Le problème est que tu ne verras pas cette perte de pouvoir d'achat en consultant ton compte bancaire et pourtant elle est bien réelle malheureusement.


Sur la même période, une assurance-vie en unités de compte avec un rendement moyen historique de 4 à 5 % nets te donnerait entre 47 000 € et 52 000 €. Presque le double, en réel...


Deuxième problème : le 1,5 % n'est pas gravé dans le marbre. 

Le taux est révisé tous les six mois (1er février, 1er août). En 2020, il était à 0,5 %. En 2023, il est passé à 3 %. Au 1er août 2025, il est descendu à 1,7 %. Tu ne peux pas faire un plan patrimonial à 18 ans sur un produit dont le rendement peut fondre de moitié en quelques mois.


Troisième problème : le plafond. 

22 950 € de versements. Pour une famille qui peut épargner 300 €/mois, le plafond est atteint en 6 ans et demi. Et après ?


Quatrième problème : aucun mécanisme de contrôle. 

Si le Livret A est au nom de l'enfant, le réflexe le plus répandu, il en a la pleine disposition à sa majorité. Pour quelques milliers d'euros, ce n'est pas dramatique. Pour 25 ou 40 K€ accumulés sur 18 ans, ça peut l'être.


Cinquième problème : aucun levier fiscal pour la transmission. 

Contrairement à l'assurance-vie (152 500 € en franchise par bénéficiaire sous conditions) ou à la donation démembrée, le Livret A ne joue aucun rôle dans une stratégie de transmission. Tu paies tes droits de succession plein pot.


Bref : le Livret A est génial pour ce qu'il est : un matelas de liquidité, une réserve d'urgence, un produit d'attente. Comme outil de construction de capital long terme pour un enfant, c'est un marteau pour visser une vis. C'est catastrophique. Pas parce que le marteau est mauvais. Parce qu'on lui demande un boulot qui n'est pas le sien.



Dans le prochain article, on passera en revue les vraies options : or, bourse, AV, PER, crypto. Reste connecté.


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