top of page

Le patrimoine de vos enfants mérite mieux que le Livret A. Voici les 5 vrais outils: bourse, assurance-vie, or, crypto, PER

  • Photo du rédacteur: Frederic Adam
    Frederic Adam
  • il y a 15 heures
  • 11 min de lecture

Dans l'article précédent, on a posé la méthode : avant de choisir un support, on définit l'usage (à quoi va servir le capital), puis le contrôle (qui en dispose, et quand). On a aussi démonté un mythe persistant : le Livret A n'est pas un bon outil pour bâtir un capital sur 18 ans.


Maintenant qu'on a la grille de lecture, on passe en revue les vraies options que tu vas croiser quand tu te poseras sérieusement la question. Cinq grandes familles : l'or, la bourse via un compte-titres ordinaire (CTO), la crypto, l'assurance-vie, le PER. Chacune a son intérêt et son piège.


L'idée n'est pas de désigner un gagnant. L'idée est de te montrer dans quel contexte chaque support fait sens.


L'or : utile en complément, pas en cœur de stratégie

L'or, c'est la classique des classiques : valeur refuge depuis 3000 ans, décorrélée des marchés financiers, anti-inflation par construction. Acheter une once d'or ou des pièces physiques (Napoléon, Krugerrand, Maple Leaf) pour son enfant, c'est aussi une démarche pédagogique forte. Tu lui mets dans les mains quelque chose de tangible, qui traverse les crises et les régimes politiques.

Pour autant, soyons clairs : l'or ne se comporte pas comme un placement de croissance. Sur le long terme, il bat l'inflation, mais largement moins qu'une exposition actions. Le rôle de l'or dans un patrimoine, c'est la stabilisation — pas la dynamisation.

Mon avis pour un capital enfant à 18 ans :

  • Oui comme complément (5 à 10 % maximum d'un portefeuille global)

  • Non comme cœur de stratégie

Un point pratique souvent ignoré : l'or physique implique un stockage (coffre bancaire, frais associés) et un risque de perte ou de vol. L'or papier (ETF or, certificats adossés à de l'or physique) est plus simple à gérer mais perd la dimension tangible. À toi de voir ce qui prime entre la transmission visible d'un objet, ou la gestion sans contrainte.


La bourse via un compte-titres ordinaire (CTO) : l'option vraiment intéressante

C'est probablement l'outil le plus puissant pour faire grandir un capital sur 15-20 ans. Et le plus méconnu des parents.


Ouvrir un CTO au nom de ton enfant

Tu peux ouvrir un compte-titres ordinaire (CTO) au nom de ton enfant mineur. Tu en es l'administrateur tant qu'il est mineur, et tu peux investir sur différents supports.


(Rappel article #1 : un CTO au nom de l'enfant signifie qu'à 18 ans, il en a la pleine disposition. Si tu veux garder la main, ouvre plutôt un CTO à ton nom et organise la transmission le moment venu.)


ETF ou actions individuelles ?

Deux grandes approches :


Les ETF (Exchange Traded Funds). Un ETF, c'est un panier d'actions. Au lieu d'acheter une action particulière, tu achètes une part d'un panier qui regroupe des dizaines, parfois des milliers d'actions différentes. Plus diversifié, donc moins risqué qu'une action isolée.


Tu peux choisir des ETF en fonction de tes appétences sur tel ou tel domaine spécifique. il existe des ETF sectoriels (nouvelles technologies, santé, énergie vertes ou non...) ou des ETF géographiques (États-Unis, Europe, Asie, marchés émergents). Mon avis pour un capital enfant long terme : un ETF Monde (qui réplique l'indice MSCI World, soit environ 1500 grandes entreprises de pays développés) reste le choix le plus solide. Tu profites de la croissance mondiale globale sans avoir à parier sur le secteur ou le pays qui surperformera dans 15 ans.


Les actions individuelles. Tu peux aussi acheter quelques actions de grandes entreprises matures, diversifiées, historiquement stables. C'est plus engageant pédagogiquement (ton enfant peut suivre « son » entreprise), mais ça concentre le risque et demande plus d'attention. Pour des montants significatifs, je recommande de garder cette poche limitée à 20 % maximum et de mettre le reste sur de l'ETF Monde.


La bourse, ce n'est pas le Loup de Wall Street

Je te vois venir. Tu vas me dire : « La bourse, c'est comme au casino. C'est risqué, c'est aléatoire, je ne gagne jamais. C'est beaucoup trop volatile pour l'argent de mes enfants. Quand on me dit bourse, je pense au Loup de Wall Street. »


L'imaginaire collectif est puissant et Hollywood l'entretien brillamment... La réalité est très différente.


La bourse est un marché organisé où des acheteurs et des vendeurs s'échangent des parts d'entreprises (les actions), des obligations, des matières premières ou d'autres actifs. Quand tu achètes une action d'une grande entreprise cotée, tu deviens propriétaire d'une fraction microscopique de la société. Pas un pari : une participation réelle au capital et au droit de vote.


Ton objectif n'est pas de concurrencer les traders professionnels ni d'anticiper le prochain krach. Ton objectif est d'investir sur du très long terme (15 à 20 ans pour un enfant), sur des classes d'actifs qui ont historiquement offert de bonnes performances.


La volatilité de court terme n'est pas un problème : elle se lisse dans le temps. Une crise financière en cours de route ? Tu attends, tu continues d'investir mensuellement (c'est ce qu'on appelle le DCA, Dollar Cost Averaging), et tu profites des cours bas pour acheter à prix décoté et donc saisir de bonnes fenêtres de repositionnement.


Puisque tu investis chaque mois pendant 20 ans, tu achèteras tantôt sur un marché haussier, tantôt sur un marché baissier. C'est précisément ce mécanisme qui lisse la volatilité.


Ce qui marche, ce n'est pas la chance. C'est le temps.


Sur 30 ans, l'indice MSCI World a délivré une moyenne autour de 7 à 9 % par an en nominal (soit 5 à 7 % net d'inflation). Personne ne sait à quel jour précis acheter au plus bas et vendre au plus haut. Ce qui compte, c'est d'être présent sur le marché et de laisser le temps faire son travail.


Et le bonus de cette stratégie: pas besoin de rester rivé sur les écrans, pas besoin de stresser à chaque mouvement de marché et se demander s'il faut vendre (parfois au pire moment). Tu mets en place un versement programmé mensuel, tu choisis ton ETF, et tu oublies tout ça pendant 15 ans (bon ok j'exagère légèrement en disant ça, mais globalement tu peux le regarder tous les trimestres sans problème).


La donation de titres : le levier fiscal méconnu

Une stratégie patrimoniale puissante, rarement évoquée dans les articles grand public : la donation de titres avec purge des plus-values.


Le mécanisme est simple. Imagine que tu as un CTO à ton nom, alimenté pendant 10 ans sur un ETF Monde. Tu as versé 30 000 € au total. Avec la croissance des marchés, le portefeuille vaut maintenant 50 000 €. Tu as donc 20 000 € de plus-value latente.


Cas 1 — Tu vends et tu donnes l'argent à ton enfant. Tu paies l'impôt sur la plus-value (autour de 30 % au prélèvement forfaitaire unique, soit 6 000 € de fiscalité). Au final, tu donnes 44 000 € net à ton enfant.


Cas 2 — Tu donnes directement les titres à ton enfant. La plus-value historique est purgée. Tu ne paies aucun impôt sur les 20 000 € de gain. Ton enfant reçoit le portefeuille intégral, valorisé à 50 000 €, avec un nouveau prix d'acquisition fiscal qui correspond à la valeur du jour de la donation. Si plus tard il vend à 60 000 €, il ne sera imposé que sur les 10 000 € de gain accumulés depuis la donation.


Ce qui est fou, c'est que cette technique combine deux leviers en un :

  • Tu transmets du capital à ton enfant (en utilisant les abattements de donation : 100 000 € par parent et par enfant tous les 15 ans)

  • Tu effaces fiscalement les plus-values accumulées sur le portefeuille


C'est l'un des outils les plus efficaces pour transmettre un capital qui a déjà bien performé. Ça mérite d'en discuter avec un conseiller bien avant les 18 ans de l'enfant, pour planifier le bon moment et l'articuler avec ta stratégie patrimoniale globale.


À noter : le mécanisme de purge est solide juridiquement, mais l'administration fiscale peut requalifier en cas d'abus manifeste (donation suivie d'une revente immédiate par l'enfant). Le délai entre donation et revente doit être raisonnable, et la donation doit avoir une vraie intention libérale.


La crypto : un actif à avoir en tête et qu'il faut comprendre avant d'investir

Je ne vais pas te faire le coup du « bitcoin = arnaque », ni l'inverse, du « crypto = futur ». La crypto est une classe d'actifs jeune, encore en construction réglementaire, et dont la grande majorité des projets disparaîtront probablement dans la décennie qui vient.


Pour la grande majorité des cryptomonnaies (il y en a plus de 20 000 listées actuellement) la réponse reste claire : aucune place dans une stratégie patrimoniale pour un enfant. Volatilité extrême, projets non éprouvés, risque de perte totale de votre capital.


Mais deux actifs méritent d'être posés à part aujourd'hui: le Bitcoin et l'Ethereum.


Pourquoi ces deux-là, et pas les autres ?

Le Bitcoin existe depuis 2009. Il a traversé 15 ans de cycles, plusieurs effondrements de plateformes, et un cadre réglementaire qui s'est progressivement structuré dans la plupart des pays développés. C'est le seul actif crypto à avoir une véritable histoire longue. Sa thèse : une réserve de valeur numérique au nombre d'unités plafonné à 21 millions, l'équivalent numérique d'un actif rare comme l'or (renseignez-vous sur le Bitcoin car il y a énormément à dire et je fais ici un résumé très succin: je ferai un article dédié sur le sujet plus tard).


L'Ethereum existe depuis 2015. C'est l'infrastructure sur laquelle est construite l'essentiel des applications financières décentralisées et la majorité des projets sérieux du secteur. Sa thèse : un protocole programmable dont l'utilité croît avec l'adoption.


Sur ces deux actifs, et sur un horizon de 20 ans, la volatilité de court terme reste réelle (chacun a connu des baisses de -70 à -80 % sur des cycles passés). Mais les performances de long terme ont été historiquement très significatives, y compris en intégrant les pires moments d'entrée. Et sur un horizon long, cette volatilité tend à se lisser, comme pour la bourse.


Mon avis pratique

  • Oui comme exposition micro de 5 % maximum d'une poche dynamique

  • Pas plus, et pas d'autres actifs crypto: pas d'altcoins, pas de memecoins, pas de produits structurés exotiques

  • Achat sur plateforme régulée PSAN (acteurs enregistrés auprès de l'AMF) ou via les ETN/ETC crypto désormais accessibles depuis un compte-titres traditionnel

  • Sécurisation sur portefeuille personnel (cold wallet) pour des montants significatifs

  • Aucun levier, jamais


L'idée n'est pas de devenir spéculateur. C'est d'ajouter une exposition mesurée à une classe d'actifs émergente qui, sur un horizon long, peut tirer significativement à la hausse le rendement global du portefeuille de votre enfant, sans compromettre sa stabilité, puisqu'on parle de 5 % du capital total.


Rappel d'usage : les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Le Bitcoin et l'Ethereum restent des actifs à risque, à comprendre avant d'allouer.


L'assurance-vie : l'enveloppe la plus polyvalente

On l'a vu dans l'article #1 : l'assurance-vie est souvent la pièce maîtresse d'une stratégie enfant. Pour trois raisons.


1. Souplesse de structuration juridique. Au nom de l'enfant, à ton nom avec clause bénéficiaire, en donation démembrée —> l'AV s'adapte à chaque logique de contrôle (cf. article #1).


2. Souplesse d'allocation. Tu choisis le mix entre fonds euros (capital garanti, rendement modeste, autour de 2 à 3 % nets en 2026) et unités de compte (capital non garanti, potentiel de rendement plus élevé, 4 à 5 % nets en moyenne historique). Pour un horizon de 15-20 ans, je conseille en général une allocation dominante en UC au démarrage (70-80 %), puis une sécurisation progressive en fonds euros à partir des 12 ans de l'enfant. Tu cristallises les gains au fur et à mesure qu'on s'approche de l'usage.


3. Fiscalité douce après 8 ans. Les retraits effectués après 8 ans d'ancienneté du contrat bénéficient d'un abattement annuel sur les gains (4 600 € pour un célibataire, 9 200 € pour un couple). Pour la transmission : 152 500 € en franchise par bénéficiaire désigné, sous condition que les versements aient été faits avant tes 70 ans.


Point de vigilance : les frais. Les contrats d'assurance-vie varient énormément en frais de gestion (de 0,5 % à plus de 3 % par an sur les unités de compte). Sur 18 ans, un point de frais supplémentaire, représente facilement 20 % de capital final en moins. C'est l'un des leviers les plus négligés en pratique : compare toujours avant de signer.


Cela dit, les frais ne sont pas mauvais en soi. La vraie question, c'est : qu'obtiens-tu en échange ?


Un contrat à 0,5 % suppose que tu aies le temps et l'envie de piloter régulièrement tes unités de compte et d'arbitrer au bon moment. À l'inverse, un contrat à 2 % peut être un meilleur choix s'il te donne accès à un conseiller compétent, capable de t'épauler dans ce pilotage. Tu paies plus, mais tu délègues une expertise et une régularité que tu n'aurais peut-être pas seul. Tu potentialise à la hausse ton rendement dans le temps. Tu t'ouvres probablement l'accès à des produits auxquels tu n'auras sans doute pas accès tout seul en tant que particulier. Tu investis dans ta tranquillité d'esprit...


Encore une fois, il n'y a pas de réponse parfaite : tout dépend de toi, de ta stratégie et du temps que tu es prêt à consacrer à cet investissement sur 20 ans.



Le PER : pas pour l'enfant, mais pour les parents qui pensent à lui

Le Plan d'Épargne Retraite, en première lecture, n'a rien à faire dans une stratégie enfant : l'argent est bloqué jusqu'à la retraite (62-65 ans), et à 18 ans, l'enfant ne peut rien faire avec.


Sauf qu'il existe un mécanisme méconnu et très puissant.


Avant 2024 : le PER ouvert au nom de l'enfant mineur

Avant la loi de finances 2024, il était possible d'ouvrir un PER au nom de son enfant mineur, en y versant des sommes déductibles de ton propre revenu imposable (dans la limite de 10 % du PASS, autour de 4 600 € par enfant et par an). L'enfant pouvait ensuite débloquer ce capital à sa majorité pour l'acquisition de sa résidence principale, sans attendre la retraite.


C'était une stratégie redoutable pour des parents fortement imposés (TMI 41 % ou 45 %) qui voulaient préparer l'apport immobilier de leur enfant avec un coup de pouce fiscal massif.


Cette possibilité est fermée depuis le 1er janvier 2024. Tu ne peux plus ouvrir un nouveau PER au nom d'un enfant mineur. Si tu en as ouvert un avant cette date, tu peux continuer à l'alimenter dans les conditions de l'époque — vérifie auprès de ton CGP.


Aujourd'hui : la voie indirecte

L'alternative consiste à verser sur ton propre PER, à profiter de la déduction fiscale pour toi (toujours dans la limite de 10 % du PASS), puis à organiser plus tard la transmission au moment opportun :


  • Soit par donation une fois l'enfant majeur (en utilisant les abattements de 100 000 € par parent tous les 15 ans)

  • Soit par un déblocage anticipé du PER pour ta propre résidence principale, qui libère une trésorerie que tu peux ensuite donner à ton enfant pour son projet immobilier


C'est moins direct, mais le levier fiscal reste activable. Et pour les parents avec une TMI haute, l'économie d'impôt cumulée sur 15-20 ans peut être considérable.


À retenir sur le PER : outil d'optimisation fiscale du parent, pas véhicule direct pour l'enfant. Mais bien utilisé, il peut contribuer indirectement au capital de l'enfant, avec un effet de levier fiscal qu'aucun autre support ne reproduit.


Bref

Aucun de ces supports n'est bon ou mauvais en soi.


Le bon outil dépend de trois choses :

  1. Ton usage (études, apport immobilier, transmission, coup de pouce)

  2. Ton niveau de contrôle souhaité (qui décide, quand)

  3. Ton appétence au risque et ton horizon (15 ans ou 25 ans)


C'est l'articulation des trois qui fait la stratégie. Pas le tableau comparatif d'un blog Internet.


Tu veux qu'on regarde ta situation ensemble ?


Je te propose un premier échange découverte de 30 minutes, gratuit et sans engagement. On regarde ce qui colle vraiment à ta réalité de famille et à tes objectifs.



Et si tu veux d'abord prendre de la hauteur sur les bases, mon livre gratuit pose le cadre général : « Patrimoine : ce qu'on n'a jamais pris le temps de vous expliquer ».



PS —> Si tu connais quelqu'un qui pense encore que la bourse, c'est le Loup de Wall Street, fais-lui suivre cet article. Le métier mérite mieux que ses caricatures.

Commentaires


bottom of page